racontage de Metz le 20 mars 2019

Dans le cadre des États Généraux des Migrations
(cette année le thème était « Halte aux Préjugés - Libre installation - Libre
circulation)
Mercredi 20 mars 2019 l'inter association (regroupant beaucoup de groupes
travaillant au côté des Étrangers) a invité Gérard Noiriel et Martine Derrier pour une
conférence théâtralisée (gesticulée)
Dans l'intro Chantal a parlé d'une déambulation dans les rues de Metz avec des arrêts
dans des lieux précis. Par exemple ces Algériens jetés dans la Moselle en 61 comme à
Paris dans la Seine.
Présence de l'Association Daja. (*)
(*) Le collectif DAJA s'est donné pour ambition de présenter les connaissances
produites par des chercheurs en sciences sociales sous des formes susceptibles
d'intéresser même celles et ceux qui ne lisent pas de livres. C'est pourquoi nous avons
décidé de transposer sur la scène la version écrite de l'Histoire Populaire de la
France que Gérard Noiriel publie aux éditions Agone (à paraître mi-septembre)
grâce à toute une série de conférences gesticulées.
Nous proposons ainsi à tous les lieux qui s'adressent à des publics populaires
(théâtres, médiathèques, centres socio-culturels, etc) des petits spectacles associant
un conférencier (Gérard Noiriel) et des artistes (comédiens, musiciens), centrés sur
des thèmes ou des événements importants de l'histoire de France et susceptibles de
nous faire réfléchir aux enjeux civiques du présent ; chaque séance étant suivie d'un
débat. Le clown Chocolat nous ayant appris la vertu civique du rire, ces questions
très sérieuses seront appréhendées, le plus souvent, sous une forme comique.
La conférence débute par un dialogue comique entre « Dagobert » (Martine Derrier)
avec une moustache à la Gauloise qui trimballe avec lui tous les préjugés sur les
étrangers qu'il dépose sur la table du dialogue avec Gérard Noiriel. De temps en
temps elle enlève sa moustache pour donner des infos de l'Association d'Éducation
Populaire : Daja. Dagobert se dit originaire de la Bresse, c'est un ventre jaune comme
les poulets élevés au maïs. Elle parle de Pierre Vassiliù qui était Rom de Roumanie et
d'autres immigrés qui font partie de l'identité même de la France.
Quelques mots de tout ce qui s'est dit ce soir-là :
- Nous avons 99,9% de gênes communs avec tous les habitants de la terre quels qu'ils
soient - La force des préjugés c'est qu'ils s'appuient sur une part de vérité - Les
chroniques des moines, d'avant l'invention de l'imprimerie, rejoignent les médias à
grande écoute dans leur accent mis sur la castagne, les hauts faits des princes. En
oubliant tout ce qu'il y a eu de dialogues d'échanges quotidiens entre les peuples - Un
hommage chanté aux amiEs de Montauban - 1881 la France chasse l'Italie de la

Tunisie - Dialogue imaginé entre Drumont et Zola ( marionnettes avec les deux index
déguisés de Marie) - Le rôle essentiel du langage dans la fabrication de l'immigration
comme problème. Alors qu'un graphique projeté montre que les courbes des essors
économiques se superposent à celles des périodes d'arrivée de Migrants. - Maurice
Barrès voulait qu'on taxe de la même façon les importations de biens et les immigrés.
À notre époque les biens sont libres de circuler alors qu'on tente de bloquer les
immigrés. - Reprise théâtralisée du « Dialogue des Exilés » de Berthold Brecht, un
extrait qui parle du Passeport -
Le régime autoritaire s'en prend d'abord aux plus faibles :
Martin Niemöller (1892–1984)
« Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.
Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas socialdémocrate.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas
syndicaliste.
Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. »
Gérard N. et Marie D chantent ensemble à plusieurs reprises dont un extrait d'une
chanson de Juliette (Aller sans retour ? C'est cela Dominique ?).
- En 1939 l'Amérique (Cuba et États-unis) ferment leurs portes au bateau St Louis
transportant 908 réfugiés juifs allemands fuyant le nazisme. Le bateau est obligé de retourner
en Europe. Il faut le rappeler en cette période où l'Europe ferme ses frontières. - En 1951 La
Convention de Genève accorde des droits aux réfugiéEs. - En 1972 en France sous Valéry
Giscard d'Estaing des lois sur l'immigration qui limitent les droits. C'est aussi à cette époque
que les sondages voient le jour où la question elle-même est un acte raciste, un exemple :
Plus précisément, si vous pensez que certains étrangers peuvent se fondre dans la collectivité
française et d'autres pas, donnez quelques exemples (suit la liste des nationalités et même
d'un continent l'Afrique et les anciennes colonies !)
Gérard N., par rapport aux résultats des sondages : « Je pense ça ? Ah bon, je le savais pas ».
Martine D. « j'étais tellement choquée que j'ai décidé de faire une pièce de théâtre courte.
Avec les préjugés on atteint la limite du rationnel. Il y a plein d'études très sérieuses mais elles
ne font pas beaucoup bouger les lignes. On nous dit parfois après nos conférences « je
connaissais déjà tout ça ». Bien sûr mais elles ne sont pas faites pour des gens déjà
convaincus. Ce ne sont pas les séminaires qui changent quoique ce soit, il faut aller au contact
d'autres personnes et mouvements, ne pas rester entre nous.
Beaucoup de générosité à notre époque mais moins politisée qu'avant (expl : le PCF et les
réfugiés espagnols) et malgré tout cela les décisions politiques sont de plus en plus
restrictives.
Festival de Ville Sur Yron, « Caméra des champs » documentaires sur la ruralité montrant la
solidarité des populations avec les Migrants.
Chantal M. : il faut miser sur la générosité mais aussi sur le combat politique. Ce ne sont pas
des combats séparés.
Dans le Film « Santiago Italia ». Parlant des italiens : « c'étaient d'autres immigrés, ils étaient
cultivés ». Ce qui est faux en ce qui concerne l'immigration actuelle, ce sont des personnes qui
ont un bagage culturel qui quittent leur pays.
René C. « Pour moi c'est un racisme de classe, comme celui à l'égard des gilets jaunes ».
Gérard N. « Je parlerai plutôt de mépris de classe ».
Les politiques gèrent à leur profit les préjugés. Nous allons nous adresser à celles et ceux qui
ne savent pas, tout en commençant par l'école. Les Gilets Jaunes ont besoin d'éléments de
cette histoire populaire. (René C : « Oui mais dans un échange de savoirs. Regardez la qualité
des débats à Commercy et lors de l'Assemblée des Assemblées »).
Réfléchir aux alliances que l'on peut tisser. Il a fallu que je passe sur certaines choses pour que
le « clown chocolat » soit adapté pour devenir un film grand public avec Omar Si... Même
avec les chaînes à grande écoute, des personnes se battent à l'intérieur. Ne pas tout refuser. (Je
pense à l'alliance ponctuelle avec Jacques Toubon pour un temps, voir « Gérard Noiriel fils du
peuple »).
Une question aux Oinoleboso : faut-il continuer à inviter des personnes connues ou
creuser notre sillon en reliance avec ces personnes (même de loin) quand elles ont
l'ouverture d'Hubert T. et de Jean-François L. ?
L'idée d'un territoire à défendre est très ancrée (les anciens immigrés qui ont réussi à se faire
une place ici et qui rejettent les nouveaux arrivants de peur de perdre le peu qu'ils ont acquis :
voir le film « Sables Mouvants », 1995, de Paul Carpita).
Et l'étranger de l'étranger ce sont la et le Rom qui ne revendiquent aucun territoire. Le nomade
face au sédentaire.
Les préjugés sont constitutifs des êtres humains. Il y a eux et il y a nous. Tout le monde en a.
Une identité se constitue par ce qui nous est commun et par ce qui nous différencie.
Il y a une différence entre Racisme et Préjugés. Le racisme est une mise en forme politique
des préjugés.
Face à la stigmatisation, l'étranger a plusieurs possibilités : lutter ou se fondre dans le modèle
qu'on lui assigne et parfois en surcompensant (encore plus français que les français).
Je suis allé serrer la main à Gérard N. « Je viens serrer la main au fils du peuple, j'en suis un
aussi. J'ai beaucoup aimé l'article avec ce titre et aussi quand vous avez repris ce que j'ai dit,
en parlant de mépris de classe plutôt que de racisme » « Oui, les gilets jaunes ce qu'on peut
leur apporter et qu'ils n'ont pas forcément c'est toute cette vision historique. Nous allons aller
dans les groupes de gilets jaunes avec notre prochaine conférence gesticulée. Elle est en
préparation, peut-être en septembre car là tout est plein jusqu'à juin. Le titre : « ongles bleus et
gilets jaunes »... »

Je lui ai remis notre livre en lui proposant de le donner à Martine D. « Non non ça m'intéresse,
je le prends. Merci ». « Dans ce que vous faites il y a beaucoup de résonances avec ce que
nous faisons. Nous sommes aussi dans l'éducation populaire. » Il m'a demandé de lui écrire en
rappelant la discussion que l'on a eue et d'envoyer en même temps à Martine D. que je suis
allée voir aussi. Accueil chaleureux, elle m'a donné ses coordonnées.
À bientôt les amiEs j'ai de quoi m'occuper largement jusqu'à la mort, au-delà « connais pas »
comme dirait Louison... René