Grand(s) Ensemble

de Gérard Noiriel

Personnage: Maria

 

 

Acte 1

 

01 Le chœur

Quinze octobre mil neuf cent soixante

Une femme, est là, transie d’épouvante.

Terrée au fond d’un trou noir

Elle veut cacher son désespoir.

 

Une jeune femme recroquevillée, dans un endroit sombre. C’est le cerveau du Français mais le public ne le sait pas encore. Un faisceau de lumière, comme une lampe de poche qui cherche, puis se fixe sur elle.02 Des bruits de pas. Maria esquisse un geste de peur.

 

Maria

Non ! Laissez-moi. J’aurai bientôt des papiers.

 

Elle montre ses bras et son dos mutilés.

 

J’ai demandé le droit d’asile.

 

03Bruits bizarres, secousses. On entend des morceaux de phrases déformées, caverneuses, avec des mots qu’on ne comprend pas, mais qui ressemblent à « vrai Français », « racaille », « pas peur de le dire »

 

Maria

Il fait froid ici. Pas d’eau. Pas de lumière. Du bruit. Toujours du bruit. Je viens de l’Angola, colonie portugaise. Le peuple s’est révolté pour avoir sa liberté. Mais au Portugal, il y a un dictateur qui s’appelle Salazar. Son armée a massacré les gens de notre village. Mon père est mort. Notre maison a été brûlée, et moi ils ont voulu me…, me.... J’ai couru, couru, pendant des jours, des nuits, et je suis arrivée ici.

 

Elle sort de sa cachette, avec précaution. Elle fait des gestes qui font comprendre qu’elle est dans la rue. Angoissée, elle essaie d’échapper aux voitures, aux motos etc.

 

04 Bruits d’usines, klaxons, pneus qui crissent, bribes de disputes.

 

Tout va trop vite ici. Les voitures, les motos, les autobus. Les gens courent tout le temps. Ils ne se disent même pas bonjour. Je ne parle à personne. Je me fais petite, toute petite… C’est dur de quitter son village, de perdre sa famille, ses amis.

 

05 Sons bucoliques : l’eau du ruisseau qui coule, le chant de l’oiseau… Mais tout à coup, ces sons poétiques commencent à grincer, et se transforment en bruit de guerre. Les images se brouillent. Maria crie : « non, non ».

NOIR

 

Acte 2

 

06 Chanson de Claude Nougaro « bidonville » (début des années 1960).

 

On voit Maria traverser la scène avec un seau d’eau. Elle s’arrête devant la fontaine. Elle remplit son seau et s’adresse au public.

 

Maria

Pas possible ! Vous êtes là ? Ca fait un moment qu’on ne s’est pas vus. Vous allez bien ? Oui, moi çà va. Je me suis mariée l’année dernière avec Paulo. Maintenant, je suis une vraie Portugaise (rire). J’ai même une maison. J’habite là-bas, au 10 chemin du pré de l’étang ; à côté de la rue de la liberté. Un village ? Ah non ! Ce n’est pas un village. Juste des baraques entre deux voies ferrées. Le Français appelle çà le «  bidonville ». Pour les Portugais, c’est « le village chéri », « A aldeia amada ». Vous savez comment on dit « village chéri » en kikongo ?(Rire). (Trouver la traduction de « village chéri » en kikingo)

 

Au début, c’était difficile ici avec les autres. Ils disaient que je n’étais pas une vraie Portugaise, parce que je venais d’Afrique. Mais çà va mieux maintenant. Là, c'est le puits où tout le monde vient chercher de l’eau. A côté, ce sont les toilettes. En hiver, on se retient longtemps avant d’aller faire pipi ! (Rire). Non, il n’y a pas d’électricité. Mais on a un petit poêle à charbon. On peut l’allumer quand il fait trop froid. Des baraques comme çà, il y en a une centaine rien qu’à Varnes. Le patron, c’est un Portugais comme nous. Enfin quand je dis comme nous… Il n’habite pas ici lui. Il vient tous les mois en avion pour encaisser les loyers.

 

Maria repart avec son seau en traversant la piste.

 

07 Le choeur

Maria a rempli son seau.

Jusqu’à ce soir elle aura de l’eau

Sur le chemin du retour

A ses amis, elle dit bonjour

Avec l’énergie du désespoir

Maria reconstruit son histoire.

 

 

NOIR

 

GRAND (S) ENSEMBLE

 

 

Auteur : Gérard Noiriel

 

 

 

Acte 1

 

01 Le chœur

Quinze octobre mil neuf cent soixante

Une femme, est là, transie d’épouvante.

Terrée au fond d’un trou noir

Elle veut cacher son désespoir.

 

Une jeune femme recroquevillée, dans un endroit sombre. C’est le cerveau du Français mais le public ne le sait pas encore. Un faisceau de lumière, comme une lampe de poche qui cherche, puis se fixe sur elle.02 Des bruits de pas. Maria esquisse un geste de peur.

 

Maria

Non ! Laissez-moi. J’aurai bientôt des papiers.

 

Elle montre ses bras et son dos mutilés.

 

J’ai demandé le droit d’asile.

 

03Bruits bizarres, secousses. On entend des morceaux de phrases déformées, caverneuses, avec des mots qu’on ne comprend pas, mais qui ressemblent à « vrai Français », « racaille », « pas peur de le dire »

 

Maria

Il fait froid ici. Pas d’eau. Pas de lumière. Du bruit. Toujours du bruit. Je viens de l’Angola, colonie portugaise. Le peuple s’est révolté pour avoir sa liberté. Mais au Portugal, il y a un dictateur qui s’appelle Salazar. Son armée a massacré les gens de notre village. Mon père est mort. Notre maison a été brûlée, et moi ils ont voulu me…, me.... J’ai couru, couru, pendant des jours, des nuits, et je suis arrivée ici.

 

Elle sort de sa cachette, avec précaution. Elle fait des gestes qui font comprendre qu’elle est dans la rue. Angoissée, elle essaie d’échapper aux voitures, aux motos etc.

 

04 Bruits d’usines, klaxons, pneus qui crissent, bribes de disputes.

 

Tout va trop vite ici. Les voitures, les motos, les autobus. Les gens courent tout le temps. Ils ne se disent même pas bonjour. Je ne parle à personne. Je me fais petite, toute petite… C’est dur de quitter son village, de perdre sa famille, ses amis.

 

05 Sons bucoliques : l’eau du ruisseau qui coule, le chant de l’oiseau… Mais tout à coup, ces sons poétiques commencent à grincer, et se transforment en bruit de guerre. Les images se brouillent. Maria crie : « non, non ».

 

 

 

 

NOIR

 

Acte 2

 

06 Chanson de Claude Nougaro « bidonville » (début des années 1960).

 

On voit Maria traverser la scène avec un seau d’eau. Elle s’arrête devant la fontaine. Elle remplit son seau et s’adresse au public.

 

Maria

Pas possible ! Vous êtes là ? Ca fait un moment qu’on ne s’est pas vus. Vous allez bien ? Oui, moi çà va. Je me suis mariée l’année dernière avec Paulo. Maintenant, je suis une vraie Portugaise (rire). J’ai même une maison. J’habite là-bas, au 10 chemin du pré de l’étang ; à côté de la rue de la liberté. Un village ? Ah non ! Ce n’est pas un village. Juste des baraques entre deux voies ferrées. Le Français appelle çà le «  bidonville ». Pour les Portugais, c’est « le village chéri », « A aldeia amada ». Vous savez comment on dit « village chéri » en kikongo ?(Rire). (Trouver la traduction de « village chéri » en kikingo)

 

Au début, c’était difficile ici avec les autres. Ils disaient que je n’étais pas une vraie Portugaise, parce que je venais d’Afrique. Mais çà va mieux maintenant. Là, c'est le puits où tout le monde vient chercher de l’eau. A côté, ce sont les toilettes. En hiver, on se retient longtemps avant d’aller faire pipi ! (Rire). Non, il n’y a pas d’électricité. Mais on a un petit poêle à charbon. On peut l’allumer quand il fait trop froid. Des baraques comme çà, il y en a une centaine rien qu’à Varnes. Le patron, c’est un Portugais comme nous. Enfin quand je dis comme nous… Il n’habite pas ici lui. Il vient tous les mois en avion pour encaisser les loyers.

 

Maria repart avec son seau en traversant la piste.

 

07 Le choeur

Maria a rempli son seau.

Jusqu’à ce soir elle aura de l’eau

Sur le chemin du retour

A ses amis, elle dit bonjour

Avec l’énergie du désespoir

Maria reconstruit son histoire.

NOIR

 

Pour connaître la suite

Texte disponible à la vente aux éditions Daja

Prix 10€

livre et frais de port

Vous pouvez aussi nous régler par virement si vous le désirez. Pour tout renseignement ou question, n'hésitez pas à nous joindre au 01.49.59.93.69 ou par mail à l'adresse This email address is being protected from spambots. You need JavaScript enabled to view it.