Chocolat Blues

de Gérard Noiriel

Seul en scène

Personnage: Rafael/le clown Chocolat

 

Rafael chante un « rap » en reprenant ces mouvements de danse

 

J’ai connu la jungle, et les affres du ghetto

Dans ma cité il n’y avait pas de héros

En lettres de sang s’écrivait le malheur

De ceux qui n’avaient pas droit au bonheur

Mon père a passé sa vie à la mine

Mais moi j’ai refusé de courber l’échine

Genou fléchi, je cours sans m’arrêter

Sans toit, ni loi, je crie « liberté »

Sans toit, ni loi, je crie « liberté »

 

Rafael

Parler, causer, palabrer. « Words, words, words ! “ disait Shakespeare. Des mots. Toujours des mots. Petites phrases et grands discours. Mais qu’est ce qui restera de tout ce bruit quand vous serez morts, messieurs-dames ? Rien ! Même pas le souffle du vent, même pas le clapotis de la goutte d’eau au moment où elle rejoint l’océan.

Pardon ? Le langage c’est le propre de l’homme ? La communication, c’est la démocratie ? Nous sommes civilisés parce que nous avons appris à échanger des mots plutôt que des coups de poing? (Rire)

Mais la démocratie, en principe, c’est l’égalité, non ? Et vous croyez que nous sommes à égalité face aux mots ? Vous pensez que le langage est un trésor équitablement partagé entre tous les citoyens ? C’est ce que disent les beaux parleurs. Mais le peuple n’est pas dupe. Le peuple se méfie des beaux parleurs. Le peuple, il préfère s’exprimer par des gestes. Dis-moi comment tu bouges et je te dirai qui tu es.

Si je fais çà (geste du V avec les doigts), vous voyez tout de suite ce que je veux dire. Non ? Et si je fais çà (il plie les bras derrière la nuque en baillant ), vous comprenez aussi, n’est-ce-pas ? Et çà (geste du pousse renversé). Ca veut dire quoi çà ? (Il interroge le public)

A mort !

 

Rafael

« A mort ! » oui c’est çà. « A mort ! ». Il paraît que çà vient des Romains. Plus personne ne parle la langue des Romains aujourd’hui, mais on comprend encore leurs gestes.

(Il lève le poing).

Poing levé, espoir des ouvriers, hantise des bourgeois. (Il chante) « L’Internationale, sera le genre humain ». C’est vrai que des communistes, il n’y en a plus beaucoup aujourd’hui. Mais le poing levé, c’est toujours le drapeau des révoltés. Remarque que… dans ma cité, ils ils ne lèvent même plus le poing, juste le doigt. Pas le petit doigt (il mime le geste mondain du petit doigt levé). Celui-ci (il lève l’annulaire.Rire). Attention Rafael ! Le poing levé, çà ne gène plus grand monde. Mais le doigt d’honneur, c’est un gros mot ! Tu vas avoir des ennuis Rafael…

OK. (il replie le doigt). De toute façon moi, je préfère le genou fléchi (il fléchit le genou). Cà ne veut sûrement rien dire pour vous, le genou fléchi. Mais pour mes ancêtres, c’était le symbole de la course de l’esclave fuyant vers la liberté. De génération en génération, des révoltés de toutes origines et de toutes races, l’ont adopté pour fabriquer de nouveaux langages qui disent tous la même chose : « liberté », « égalité ». « dignité ».

 

Genou fléchi, cours, cours. Là-bas, de l’autre côté de l’océan tu seras libre. Non ! Pas vers le sud, jamais vers le sud. Le sud, c’est la misère, c’est la mort. Pars avec le Blanc, de l’autre côté de l’Atlantique, vers le Nord, là où les hommes sont beaux, là où les hommes sont riches, là où les hommes sont libres....

 

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