Vincent DUBOIS, La politique culturelle. Genèse d’une catégorie d’intervention publique, Belin, 1999.

Dans cet ouvrage, considéré aujourd’hui comme un « classique » de l’approche socio-historique de la culture, Vincent Dubois analyse la genèse de la politique culturelle en France. Il montre que la définition du « culturel », loin d’être évidente, varie selon les pays en fonction de leur histoire propre. Dans le cas français, la politique culturelle s’est développée en pratiquant ce que Dubois appelle « l’institutionnalisation du flou ». C’est ce qui explique la diversité et l’hétérogénéité des activités qui relèvent de ce secteur des politiques publiques.

L’autonomisation du champ culturel a véritablement débuté en France à la fin du XIXe siècle, lorsque les artistes se sont mobilisés pour dénoncer à la fois le pouvoir de l’argent et le pouvoir de l’Etat. Deux principes sous-tendent alors cette autonomisation : la « liberté de l’art » et la « rencontre avec le peuple ». Le théâtre joue un rôle central dans ce processus, grâce à ceux qui (à l’instar de Jacques Copeau) plaident pour un « théâtre d’art » et à ceux qui  (comme Romain Rolland) militent pour un « théâtre du peuple ».

Malgré leurs différences, ces deux courants se rejoignent pour rejeter l’intervention de l’Etat. La plupart des artistes de cette époque sont très méprisants à l’égard des fonctionnaires du ministère des Beaux Arts, qu’ils appellent les « pions du beau ». Cette méfiance à l’égard des financements publics fait écho aux critiques de nombreux élus qui refusent de « faire payer à tous les plaisirs de quelques uns » (p. 79).

Il faudra attendre la fin des années 1950, pour que la culture devienne une dimension à part entière de l’action publique. La double mission du ministère fondé en 1959, et confié à André Malraux, est d’encourager la création et de démocratiser la culture. Le théâtre est placé une nouvelle fois au centre du processus. C’est là que s’exprimera avec le plus de force le conflit entre ceux qui privilégient la liberté du créateur et ceux qui défendent l’action culturelle.

Au final, Vincent Dubois dresse un bilan plutôt pessimiste. Il constate que la politique culturelle a réalisé le programme de Flaubert : « cultiver le bourgeois ». En dépit des efforts consentis par les pouvoirs publics, la démocratisation des pratiques culturelles est restée faible. L’institutionnalisation de la culture a renforcé la coupure entre professionnels et amateurs, en dévalorisant ces derniers.